Lorsque Simone surprit Anne devant son ordinateur, elle ne s’attendait pas à découvrir que son amante écrivait en cachette des textes pornographiques qu’elle publiait depuis longtemps sur le web. Elle se mit donc à lire par dessus son épaule, allant de surprise en surprise, de fantasme en fantasme, jusqu’à ce qu’elle découvre qu’elle vivait sans le savoir avec une érotomane sans foi ni loi. Devant ce défilé de stupre et de débauche, une question s’impose à elle: peut-on aimer une pr0nographe?

Pr0nographe, c’est une boîte rouge en forme de coeur contenant plus de 170 textes érotiques assortis – certains de quelques pages, d’autres aussi courts qu’un paragraphe – où s’entremêle l’histoire d’Anne, la pr0nographe, et de Simone, son amante. La sexualité humaine y est déclinée sexe sous tous ses tons, du rose tendre au rouge violent, de la douceur de l’innocence à la brûlure de la dépravation. Des soupirs, des cris, du foutre, de la salive, de la cyprine, du drame, des surprises, des étreintes tous sexes confondus, une bonne rasade d’humour et un chien philosophe, voilà la recette de Pr0nographe.

Simone revint dans le bureau avec deux tasses de tisane, qu’elle déposa sur le bureau en soupirant.

— Et puis… tu as beau appeler ça de la pr0nographie, ça reste de la porno. Tu participes à ta manière à notre oppression en tant que femmes, tu en es consciente ?

— Voilà une façon bien méprisante de voir la chose.

— Je suis sérieuse ! Tu désacralises la sexualité dans tes textes. Si nous devons changer le monde, si nous devons le sauver – car c’est finalement de quoi il s’agit – ce sera en leur faisant comprendre aux hommes que le sexe est une affaire de rencontre, de relation, de partage, d’engagement, de tendresse…

— Et accessoirement, de plaisir ? Pffff. Si je comprends bien, je devrais enfiler un tablier et rester à la maison pour décorer mon petit nid d’amour et servir des petits plats à mon petit mari et pourquoi pas lui masser les pieds avant de me coucher sur le dos et ouvrir les cuisses en chantant l’hymne national ? Désolée, très peu pour moi.

— Ce n’est pas du tout ce que je veux dire…

— La libération collective passe par la libération individuelle. Si je dois me plier bêtement à un code moral élaboré par je ne sais quelle représentante patentée et autoproclamée de mon sexe – opprimé, il va sans dire – je vois mal en quoi je contribuerai à la libération de mes soeurs. Et encore moins à la mienne… et c’est celle qui m’importe le plus.

— Tu veux faire ce que tu veux ? Ma pauvre vieille ! Ne comprends-tu pas que ce que tu penses « vouloir » est en réalité un conditionnement patriarcal ? Les hommes te dominent à un point tel que tu prends leurs exigences pour tes désirs ! On ne s’en sort pas : nous devons agir selon nos vrais désirs, nos vraies natures !

— Et moi je dis que ce que tu penses être ta « vraie nature » est un conditionnement patriarcal – le plus vieux et le plus éculé d’ailleurs.

— Peuh.

— Pfff.

Nous bûmes, en silence, un peu de thé.

— Nous sommes vraiment baisées, hein ? me dit-elle en souriant tristement.

— Dans tous les sens du terme, ma vieille, lui répondis-je en déposant ma tasse près du clavier.

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