— Dans mon rêve, je criais. Je hurlais comme une possédée. Tu sais pourquoi ? Parce que tu me faisais jouir à en perdre la tête.

Il me faisait la cour depuis des mois. D’abord par courriel, ensuite en personne, lors des rendez-vous que je lui accordais parcimonieusement, au gré de mes caprices. Mais il était du genre persévérant, du moins c’est ce qu’il me répétait sans cesse. Mal lui en prit : autant j’aime me donner immédiatement aux impatients, autant j’aime pousser les persévérants jusqu’à leurs derniers retranchements. De lapins en faux bonds en retards en promesses non tenues, je le tenais, il était sur le point de craquer. Assis près de moi, au bar de l’hôtel, il tripotait nerveusement son troisième gin-tonic en me jetant ce regard de chien battu qui m’amusait tant.

— Crois-moi, je peux le faire. Tu ne le regretteras pas, dit-il en contemplant le sillon mammaire que j’exposais avec toute ma science d’allumeuse.

J’ai pris une chambre et…

— Mon rêve d’abord, lui répondis-je tout sourire, en caressant le dos de sa main du bout de l’ongle.
Il soupire, frotte ses yeux avec le pouce et l’index en puis pianotant impatiemment sur le zinc.

— D’accord, bien sûr, ton rêve. Raconte.

— Donc, tu me faisais jouir. Mais l’instant après, tu devenais cruel, méchant. Tu m’insultais. Avec des mots si vulgaires qu’ils m’étaient incompréhensibles. Tu me faisais pleurer et ça te faisait rire. Tu me faisais ramper jusqu’à toi…

— Jamais je ne te traiterais comme ça.

— Tu me laisses finir oui ? Tu me faisais ramper jusqu’à toi, tu tailladais mes vêtements avec ton canif, même le porte-jarretelle que j’avais acheté pour toi. Ensuite, tu m’attachais les bras derrière le dos, tu me jetais sur le lit, tu me liais les chevilles sur le pied du lit, et tu me plaçais comme ça, écartelée, le nez dans l’oreiller, le derrière surélevé par un coussin placé sous mon ventre. Puis, tu prenais une badine et tu zébrais mes fesses. Et je rageais, je te maudissais, toi, tes ancêtres et ta descendance…

— Anne, tu me connais maintenant. Un tel truc ne me traverserait jamais l’esprit…

Je le voyais jouer des fesses sur son tabouret, cherchant une position confortable. J’en conclus que ma petite histoire, traversant son esprit, faisait son effet. Les yeux baissés, d’un air faussement pudique, je poursuivis.

— Tut tut tut. Ce n’est pas tout. Après un moment, tu me laissais comme ça, seule, en sanglots, dans cette position humiliante, pour revenir plus tard avec tes copains, je ne sais plus combien, mais tous aussi méchants que toi. Ils sentaient la sueur et la cigarette, ils crachaient sur leur bite sortie de leur braguette pour se branler en rigolant, et toi, tu leur donnais des conseils, tu leur disais « Vas-y, encule-la » ou « Elle va te sucer comme une déesse ». Et c’est ce qu’ils faisaient, ils me besognaient à tour de rôle, dans l’orifice de leur choix, en me faisant grincer, en faisant gémir le lit. Ils se foutaient pas mal de tremper leur engin dans le foutre de leur comparse, même qu’ils me le faisaient tous goûter, jusqu’à ce que les saveurs se mêlent et se perdent…

Je relevai les yeux. La sueur perlait sur son front. Sa main tremblait. Il était enfin mûr.

— Comment peux-tu penser ça de moi? Je t’admire et te respecte, je te l’ai dit souvent! Monte avec moi, je vais te le prouver.

C’était l’heure de le cueillir.

— Écoute-moi bien, je ne te le dirai pas deux fois : je veux que tu réalises mes rêves.

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