Pourquoi serait-ce toujours à toi d’être en moi ? N’est-ce pas profondément injuste ?

Je veux me glisser sous ta peau, ramper à travers ta chair, me vautrer contre les replis fibreux de tes muscles, me laisser couler lentement dans tes artères et taquiner ton cœur du bout de la langue. Je veux que nos os se calcifient et se soudent, que nos tendons s’entremêlent et que nos deux esprits fusionnent dans une longue plainte criée à l’unisson.

Je veux nager dans l’onde amoureuse de ton sang, me frotter aux cils tremblants de tes cellules, entortiller mes membres dans l’écheveau inextricable de tes neurones, boire la vie pulsante et chaude de ta semence, me nourrir de tes humeurs, me repaître crapuleusement de tes pensées les plus intimes et les plus inavouables, et par-dessus tout me regarder avec tes yeux pour comprendre enfin ce que tu vois en moi.

Je veux goûter le suc astringent de mon amour avec ta langue, sentir les plis humides de ma vulve sur le bout de tes doigts et ma cyprine poisseuse mouiller tes lèvres. Je veux sentir la caresse de mon sein avec la paume de ta main et les soubresauts de ma chatte en émoi au bout de ton gland. Savourer enfin le feu que provoque en toi la fureur déchaînée de mes sens.

Je veux savoir ce que tu ressens quand je prends ta virilité dans ma bouche, lorsqu’elle baigne dans ma salive brûlante. Je veux frémir comme tu frémis lorsque je fais vriller ma langue folle le long de la hampe, lorsque tu l’enfonces dans ma gorge dans un geste incontrôlé. Je veux ressentir la fièvre qui saisit ton corps lorsque tu cries mon nom, lorsque tu tires mes cheveux, lorsque tu plantes tes ongles dans mes cuisses, lorsque tu t’effondres, tremblant, renversé par la jouissance.

Je veux ressentir la douleur que provoque le fil glacé de ma lame étincelante lorsqu’elle fend lentement ta peau trop parfaite. Je veux éprouver par moi-même le frisson que tu ressens lorsque je pose mes lèvres sur ta plaie et que je suce le flot écarlate de la vie qui fuit de tes veines, sentir l’adrénaline te posséder quand je m’accroche à ta chair déchirée. Je veux connaître la divine agonie de ma morsure sur ta gorge, m’entendre murmurer ton nom dans ton oreille, sentir autour de ta taille mes cuisses qui t’enserrent et qui te poussent à t’enfoncer toujours plus profondément en moi.
Je veux ressentir l’effet que produit en toi la violence de mes mots courroucés, la piqûre âcre de mes sarcasmes, la force souveraine de ma colère, la joie terrible de mes aveux et baigner, de l’intérieur, dans la cascade cristalline de ton rire. Je veux savoir ce que tu ressens lorsque je te pousse jusqu’à tes derniers retranchements, au bord de l’abîme, à l’extrême limite de l’irréparable. Mais je veux aussi sentir ton émoi lorsque tendrement tu me prends dans tes bras, lorsque tu caresses mon visage, lorsque je mouille tes joues de mes larmes.

J’ai besoin de savoir ce que tu ressens quand tu me désires, quand tu me possèdes.

Je veux savoir ce que tu ressens quand tu dis que tu m’aimes.

Je veux pénétrer en toi.

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