Je sortis sans bruit de la chambre et tombai nez à nez avec Louis, qui m’attrapa par le bras.

— Te voilà enfin ! Mais où donc étais-tu passée ?

— Je… Je cherchais les toilettes.

— Viens, j’ai quelqu’un à te présenter.

Il m’entraîna jusqu’au salon, où la plupart des convives papotaient, un verre de champagne à la main. Nous rejoignîmes un homme âgé d’une quarantaine d’années, impeccablement habillé, aux cheveux gominés, et portant périodiquement à son nez un mouchoir de coton d’un blanc immaculé.

— Marc-Antoine, je te présente Anne Archet. Elle étudie l’histoire et veut devenir écrivaine.

— Enchanté de vous connaître, me dit Marc-Antoine avec une moue hautaine vaguement méprisante.

Louis se tourna vers moi et m’expliqua :

— Marc-Antoine est un nez, un des rares à exercer cette profession au Québec.

— Un nez ?

— Je travaille dans la parfumerie, mademoiselle l’écrivaine, expliqua sèchement le nez.

— Il peut reconnaître instantanément n’importe quel parfum, ajouta Louis. Vas-y, Marc, dis-lui quel est le sien.

Pétrifiée, je retins mon souffle alors que le nez se pencha vers moi pour me renifler. Deux petits reniflements brefs et agressifs, aussi méprisants que la moue qu’il ne cessait d’arborer.

— Elle dégage une forte odeur de sperme, déclara-t-il après deux secondes à peine de réflexion, en me foudroyant du regard. Je suppose qu’elle vient tout juste de pomper une queue. Est-ce qu’elle avale, mon cher Louis ?

Des larmes noyèrent mes yeux lorsque Louis, le visage cramoisi, me lança un « Salope ! » probablement bien mérité avant de tourner les talons et fuir vers la cuisine.

— Mais pourquoi lui avoir dit ? criais-je à Marc-Antoine, avant de me lancer à la poursuite de mon amant.

— La prochaine fois, pétasse, suce ton mec, pas le mien, siffla-t-il les dents serrées.

Il me frappa au visage avec son mouchoir avant de m’abandonner à ma migraine.

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